Aucune bonne raison de se tuer sur la route (requiem pour un temps d’arrêt d’urgence)

Vendredi dernier, j’ai cru mourir.

Pas figurativement, pas comme une personne qui, heureuse d’arriver à son party surprise, porte la main à son coeur en disant :

« Vous m’avez fait faire une crise cardiaque, mes sacripants! »

Littéralement.

Voici de quoi ça avait l’air :

La météo était au beau fixe au moment du départ. J’étais à mi-chemin pour me rendre au gym quand la tempête a commencé soudainement. Rendue où j’en étais, je préférais me rapprocher de la ville que de retourner dans le bois. Au moins le sud était plus éclairé.

En me stationnant de peine et de misère, je voyais des gens entrer dans leur voiture pour prendre la route. La poudrerie empêchait de voir la rangée d’à côté.

J’ai prévenu cinq personnes de ne pas prendre la route, d’attendre un peu avant de partir.

Des cinq que j’ai avertis, j’aimerais vous dire qu’il y en a qui se sont questionnés et qui ont révisé leur départ.

Mais ça serait mentir. Tous ont pris la route.

Non seulement tous ont pris la route, mais j’ai aussi eu droit au superbe regard qui mélangeait le « de quoi tu te mêles » au « t’as vraiment peur de pas grand-chose ».

Quand on voit ses compatriotes se lancer tête baissée dans un danger qui aurait facilement pu être évité en niaisant encore 20 minutes dans le rayon des chaussures, c’est difficile de ne pas se mettre en colère.

Et sincèrement, il y a quelque chose que je n’arrive pas à comprendre, à chaque tempête.

Je suis estomaquée de voir autant de voitures sur les routes, et autant de gens qui roulent aussi vite que d’habitude.

Depuis quand rivalise-t-on de fierté à « faire tout ce qu’on voulait faire pareil » même si le Bonyeu décide de nous envoyer tout son arsenal céleste?

Un peu d’humilité devant la nature s’il vous plaît.

Parfois, ma mère et mon père, avec une étincelle de nostalgie dans les yeux, me parlent de cette époque révolue où les magasins étaient fermés le dimanche.

Mais voilà, avec la fin de la religion est venue la fin de la période de repos. Aujourd’hui, on prie un nouveau Dieu : celui de la consommation 24 h/24 et de la productivité à tout moment.

Et aujourd’hui, avec Internet, c’est plus vrai que jamais. Nous sommes joignables en tout temps et nous pouvons acheter en tout temps aussi.

Des employés de niveau 1 avec des horaires de médecins.

Aujourd’hui, comme temps de repos, il nous reste les tempêtes. Mais encore là, il est étonnant de voir à quel point on se déplace quand même pour du non-essentiel.

Parait-il que l’on devrait avoir, chez soi, tout le nécessaire pour pallier 72 heures d’état d’urgence. Cela permettrait la libre circulation des véhicules prioritaires et éviterait la congestion aux différents points de service en cas de catastrophe.

Serions-nous capables, collectivement, de répondre adéquatement à une telle situation ? Nous avons déjà tant de mal à nous empêcher de consommer pendant 24 heures.

J’ose croire qu’une réelle urgence nous ferait passer à un autre état d’esprit. Et quand je vois nos réactions aux tragédies humaines, je garde espoir.

Encore faut-il reconnaître le danger, nous ne sommes pas invulnérables.

Mieux vaut volontairement prendre un temps d’arrêt que de se le faire imposer par la vie.

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