Une galaxie dans l’oeil

J’ai une galaxie dans l’œil. C’est ce que je voyais sur la photo que l’ophtalmologiste de l’hôpital Saint-Sacrament m’a montré. Avec des points de lumières, des points noirs, des filaments lumineux et une espèce de voie lactée en bas. 

Un œil n’est pas censé avoir l’air d’une galaxie. 

Mais le mien à l’air de ça. Le gauche du moins, pas le droit. Le droit c’est le bon oeil, celui qui a l’air de ce qu’il est censé avoir l’air. 

Le droit voit bien, le gauche aussi. 

Mais des fois, il y a des éclairs qui le traversent. Certains jours plus que d’autres. 

Après deux semaines d’éclairs, j’ai appelé New Look. Ils m’ont dit d’aller à Saint-Sacrament, j’y suis allée, ils n’ont rien vu, ils m’ont dit de revenir le lendemain. Pour être sûre. 

Le lendemain, je pensais être rassurée. «T’as des éclairs dans les yeux, ben coudonc.» On rirait, je me serais achetée une bière après. 

Mais le lendemain, le résident n’était pas sûr de ce qu’il voyait. Il a fait venir un autre médecin, qui n’était pas sûr non plus. Ils m’ont envoyé voir le spécialiste. 

Et c’est là que j’ai appris que j’avais une galaxie et que s’ils ne me brûlaient pas le fond de l’oeil à l’instant avec un laser, la galaxie allait devenir un trou noir. Et puis mon oeil, ben, rendu là, il devient une décoration. 

Ils appellent ça un décollement de rétine. Ça n’arrive pas souvent, c’est souvent un accident. Et ça rend aveugle rapidement. 

Mais bizarrement, ça aurait l’air que j’en avais déjà eu, mais que le dernier était résilient. Il s’était recollé tout seul comme un grand. Mais là pour le dernier, on ne prend pas de chance, on fait une couture au laser. On coud autour du décollement 

Et on espère que ça tienne. 

Quand on est un patient, on veut que le médecin soit rassurant. Mais la vie ne me doit pas d’être rassurée à 100%. On espère que ça tienne. Heureusement, dans la plupart des cas, ça tient. 

J’ai lu beaucoup d’études scientifiques dernièrement. J’ai fait mes recherches…

Quand on s’informe un peu, c’est rassurant. Quand on s’informe beaucoup, c’est paniquant. Si j’avais seulement mon médecin, je ne serais pas rassurée à 100%, mais je n’aurais pas d’autre choix que de m’y faire. 

Avec «mes recherches», maintenant je connais les pourcentages, les échecs, les réussites, les options qui me restent si la première ne fonctionne pas, mais elle va fonctionner pas vrai, pas vrai ? 

C’est très anxiogène tout ça. Et ce même si je connais d’autres gens qui sont passés par là et dont les yeux voient encore aujourd’hui. 

Bref, il y a de ces moments dans la vie où on réalise que les mauvaises nouvelles n’arrivent pas qu’aux autres. Que nous ne sommes pas invincibles. 

J’ai toujours aimé frôler la ligne, à la limite où le corps s’effondre. Je ne suis pas casse-cou, mais je suis endurante, et j’ai toujours aimé savoir jusqu’où je peux endurer. 

Là j’ai des éclairs dans les yeux, j’ai peur de courir, ne serait-ce qu’un peu. 

Même si le médecin me dit que je peux. 

La limite, c’est ma tête qui la fixe maintenant. 

Tout ça pour dire, prenez soin de vos yeux. Si vous voyez des éclairs, ne tardez pas trop. 

Merci au Dr. Bourgault et à toute son équipe! 

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