Aimer la douleur

Je n’ai jamais réussi à jouer de la guitare.

J’ai longtemps mis le blâme sur mon absence d’oreille musicale, ou mes mains trop petites. Mais mes performances au karaoké et les vidéos d’enfants virtuoses ont détruit ces mythes que j’avais construits dans mon esprit.

Ce n’est pas non plus un manque de motivation ni un manque de temps.

Ma routine d’exercice et ma connaissance pointue des répliques de Game of Thrones me prouvent que je ne manque ni de l’un ni de l’autre.

Trop souvent, les gens qui se plaignent de manquer de l’un ou de l’autre ont une petite montagne de réalisations derrière la cravate. Que ce soit d’avoir réussi à tricoter une couverture, lu tous les magazines Rolling Stones depuis 1991 ou construit un palace dans Minecraft, on a toujours du temps et de l’énergie pour ce qu’on juge, à ce moment, le plus important.

Comme dirait l’autre : montre-moi ton agenda, je te dirais tes priorités.

Et moi, hé bien, ce n’est clairement pas d’apprendre la guitare.

C’est parce que je ne rêve pas de jouer de la guitare; je rêve de sortir une guitare, lors d’une soirée autour d’un feu de camp, et d’épater la galerie par une interprétation sans faute de Classical Gas.

Je ne veux pas apprendre à jouer de la guitare, je veux savoir jouer de la guitare. Je veux qu’un génie m’apparaisse, me souffle des paillettes dans le visage (ou peu importe ce que les génies font) et que je me retrouve miraculeusement avec les habiletés de Jesse Cook.

Je n’ai pas envie de m’asseoir dans mon salon et de pratiquer mes accords pendant des heures. Beaucoup trop la bougeotte pour ça.

Pour maîtriser un instrument, il faut aimer jouer pour jouer. Il faut triper à décortiquer une partition, vibrer à la sonorité des notes.

Les mathématiciens éprouvent un plaisir fou à résoudre une équation, à se perdre dans les chiffres. Les sculpteurs adorent creuser la matière jusqu’à ce qu’elle révèle sa vérité. Une vedette Instagram peut passer un temps énorme à trouver la meilleure lumière et la meilleure position pour mettre en valeur son postérieur…

Lorsqu’on est passionné, on tolère la douleur de l’apprentissage. On la recherche.

J’adore courir de longues distances. Je fais partie de ces coureurs fous qui sourient alors que le vent leur gifle la face et que leurs pieds martèlent les flaques d’eau.

Je ne tolère pas cette douleur-là. Je la savoure.

C’est pour cela qu’en remboursant ma dette, je recherche les défis.

Hebdomadaire, mensuel, quotidien.

Les défis transforment cette tâche titanesque en jeu. Je veux développer le plaisir dans la douleur, pour ne pas seulement apprécier le résultat, mais aussi le processus.

Et je dois dire que les réflexes se développent de plus en plus.

À votre tour ?

Quel talent voudriez-vous posséder sans effort ? Et quel talent avez-vous développé après des heures de pratique ?

Une réflexion sur “Aimer la douleur

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