Réflexions à propos de l’émission de Marie Kondo sur Netflix

En choisissant le nom de Simplicité semi-volontaire, à quelque part, je me doutais bien que je devrais commenter sur le budget, la frugalité, et son petit frère : le minimalisme. Après tout, n’est-ce pas là le but de cette démarche.

Mais ce faisant, je me vois un peu forcée de commenter la nouvelle mode dans les foyers : l’envie de se débarrasser de ce qu’on possède au nom de cette satanée joie qui doit se dégager de nos avoirs.

Ne vous méprenez pas, j’adore le minimalisme.

Son côté sans fioritures, son élégance naturelle qui vient avec des surfaces dégagées. Le fait que mon ménage ne prend maintenant qu’une fraction de seconde.

Je suis aussi une fan finie de téléréalité, et ce, depuis la première heure de Loft Story. Je dévore les Naked and Afraid et Queer Eye me fait verser des larmes de joie. Et non, je ne les regarde pas pour des raisons ironiques du genre : je veux comprendre ce qui intéresse les gens qui écoutent ça. Non. J’adore la guimauve, le drame et le genre humain.

Mais Marie Kondo, la fée du logis envoyée pour des interventions auprès de familles américaines, meh. Le concept de l’émission aurait dû, en théorie, me séduire. Mais non.

N’empêche, à la demande de plusieurs d’entre vous, je me suis installée devant mon portable et voici mes réflexions :

1- Le concept est mésadapté à la téléréalité

Dans une émission de transformation, en général, on veut voir un avant-après qui nous jette sus l’cul.

Malheureusement, le ménage et l’organisation, bien que apparents, ne change pas radicalement le logis des participants. Surtout que Marie Kondo n’encourage pas à jeter pour jeter, ni à adopter une esthétique particulière. Ce qui fait que les maisons, bien que plus propres, sont quand même loin de ces grands lofts blancs auquel on s’attend à la toute fin de l’émission.

Et ça, bien, c’est un peu décevant pour le téléspectateur.

2- Le style de Marie Kondo est mésadapté à la téléréalité

Avec sa douce voix et ses manières délicates, Marie Kondo n’a pas la grande gueule d’un Gordon Ramsay, d’une Super Nanny ou même d’un César Millan. Elle n’a pas le style «tough love» auquel on s’attend d’une émission de type «intervention».

Surtout qu’il n’y a pas d’intervention à proprement parler. Il s’agit plutôt du partage d’une méthode d’organisation.

Et cette méthode d’organisation, hé bien, elle est au mieux mal développée, au pire, folklorisée.

3- Il y a une raison au désordre

Pour les familles qui bénéficient de ses services, la méthode KonMari est un pansement sur une fracture ouverte.

Dans un épisode, une famille de quatre ne sait plus où donner de la tête alors qu’elle est ensevelie après leur déménagement dans une maison plus petite.

Qu’est-il arrivé ? Ont-ils perdu leur travail, fait faillite ? Dans ce cas, se débarrasser de leurs possessions, c’est peut-être un autre tour de couteau dans la plaie qu’ils n’étaient tout simplement pas prêts à faire.

De plus, dans cet épisode, la mère s’occupait seule du ménage et de la maisonnée. Dur à croire que les choses vont changer une fois que l’équipe de télé sera partie.

4- L’intérieur d’une maison est lié à notre intérieur

Les éléments de l’émission qui me semblaient un peu étrange à prime abord (remercier ses vêtements avant de les donner, bénir la pièce, etc.) ont plutôt suscité la réflexion.

Plus jeune, je possédais certains vêtements que je n’avais jamais portés, mais dont je n’arrivais pas à me débarrasser. Alors ils restaient là, à moisir. Même chose pour les jouets. C’était comme si les objets avaient une âme et qu’ils savaient que je les rejetais. Je ne voulais pas m’en débarrasser tant que je ne leur avais pas accordé autant d’attention qu’aux autres.

(Tout ça pour dire qu’écouter Toy Story peut scrapper ton rapport au monde matériel.)

Lorsque Marie Kondo propose de remercier les objets avant de les laisser aller, c’est qu’elle comprend toute la dimension affective que l’on accorde à ce qu’on possède.

Ils représentent parfois ce qu’on aurait souhaiter être, comme le vélo stationnaire qui prend la poussière et qui nous rappelle nos résolutions oubliées. Ils nous gardent attachés à notre passé, à ce qu’on a été ou à une personne qui nous a quitté.

Notre rapport aux objets est influencé par notre vécu. Ceux qui ont connu la guerre ou la pauvreté ont davantage tendance à accumuler et à faire des réserves. Ils ont la mémoire de temps plus durs.

Il est plus facile de se dire : «ce n’est que du matériel», quand nous n’avons jamais eu de difficultés à s’en procurer.

Élaguer, se débarrasser, c’est une forme de deuil. Lorsqu’elle propose de dire merci et au revoir aux anciennes possessions, c’est une forme de respect de cette dimension affective.

Ça permet de s’y arrêter… et de passer à autre chose.

Bref, je ne conseille pas d’écouter l’émission.

Mais la méthode mérite qu’on s’y arrête un peu. Ne serait-ce que pour savoir enfin comment plier ces satanés draps contour…

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