Comment une blessure m’a réconciliée avec Walmart ?


Un très mauvais temps de l’hiver pour être en béquilles. 

Une mauvaise chute dans l’escalier m’a tordu la cheville avec violence, si bien que la douleur m’a fait pleurer pendant presque une heure. Comme un réflexe. 

Passée les radios, j’ai su qu’au moins, ce n’était pas cassé. Mais les ligaments en partie déchirés, je suis dépendante de mes béquilles pendant plusieurs jours, voire semaines. 

Un très mauvais temps de l’hiver pour être en béquilles. 

Je l’ai dit, je me répète. Le problème, ce n’est pas tant la neige, mais la glace et l’eau sur la céramique quand on entre à l’intérieur. 

En allant au Metro avec mon chum pour aller chercher quelques trucs, j’ai glissé trois fois. Et j’ai aussi réalisé que bien des gens ne regardent pas où leur panier se rend une fois qu’il glisse de leurs mains. 

Mais le frigo était vide.

La petite escale à l’épicerie m’a épuisé. Mais je ne pouvais pas compter sur une livraison la fin de semaine et la cueillette n’était disponible qu’à Montréal. 

C’est là que j’ai eu un déclic : le WalMart. Je me rappelais avoir vu des personnes âgées au volant de ces petits scooters électriques, coupant par la droite des piétons ahuris. 

J’ai appelé. Pas de scooter, mais des chaises roulantes à la porte. Juste besoin de demander à un conseiller. 

C’est en roulant au milieu des allées du WalMart, assise confortablement, que ma perspective s’est agrandie. 

Enfermée à la maison depuis des jours, en raison de mon char manuel, je profitais de ma première sortie sans douleur et sans épuisement physique. Soudainement, je me sentais autonome et j’avais l’impression de retourner dans le monde. 

J’ai payé mon épicerie avec le sourire et redonné la chaise avant de claudiquer jusqu’à la voiture. 

Royaume de la consommation, guerre du prix le plus bas, mondialisation, destruction des centre-villes… Il est facile de trouver des défauts au Walmart. Et il les mérite certainement. 

Mais ce jour-là, il avait une qualité inestimable. Il était accessible. 

Et pour une grande partie de la population, c’est tout ce qui compte. Pouvoir se déplacer facilement et sans douleur. Pouvoir tout trouver au même endroit parce que le transport adapté ne fait pas 50 stops. 

Pouvoir, l’espace d’un instant, sentir qu’on est dans le monde et non pas coupé de celui-ci. 

C’est pour ça que pour ceux qui fréquentent l’Institut de réadaptation physique de Québec, la perte d’un guichet automatique est si grave. C’est un petit bout d’autonomie qui part. 

Quand je serai de retour sur mes deux pieds, mes choix vont s’élargir. Je pourrai les faire selon d’autres valeurs. 

C’est un luxe de pouvoir être sélectif. 

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